Assurance auto : quel impact du véhicule sur la tarification ?

Assurance - Analyse - IARD

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La personnalisation des tarifs en assurance auto est déterminée par de très nombreux critères liés au profil de l’assuré (âge du conducteur, bonus, ancienneté et type de permis, profession, sinistralité, conducteurs secondaires, etc.), à l’usage (ville, type de stationnement, kilométrage annuel, type de trajets, analyse de la conduite par boitier connecté, etc.) et au véhicule même.
Sur ce dernier critère, l’approche traditionnelle de tarification s’appuie sur la réalisation de “véhiculiers”, à savoir le calcul de coefficients pour chaque véhicule. Lesquels viennent majorer ou minorer le coût des différentes garanties du contrat. Pour autant, les choix des opérateurs sont parfois surprenants. Point sur un calcul aux résultats pas si évident.

La classification SRA comme base de calcul

Afin de palier à l'extrême diversité des véhicules sur le marché, la plupart des assureurs s’appuient sur la classification SRA réalisée par l’association professionnelle SRA (Sécurité et Réparation Automobiles). Celle-ci met à disposition des assureurs une base de données contenant près de 1 400 modèles de véhicules proposés par près de 100 constructeurs automobiles et déclinés en plus de 100 000 versions différentes. Cette base contient des caractéristiques très détaillées sur les véhicules référencés, mais aussi - et surtout - la “classification SRA”.

Cette classification SRA est composée de 3 indicateurs pour chaque véhicule :

  • Le Groupe : représentatif de la dangerosité intrinsèque du véhicule
  • La Classe de prix : représentative de la valeur neuve du véhicule
  • La Classe de réparation : représentative des coûts de réparation du véhicule

Le Groupe est généralement utilisé pour la tarification de la garantie Responsabilité Civile, ce coefficient étant en effet un indicateur du risque représenté par les dommages que le véhicule peut engendrer en cas d’accident (une grosse berline fait plus de dégâts qu’une twingo en cas d’impact).

La classe de prix et de réparation interviennent, elles, dans la tarification des garanties Dommages (bris de glace, incendie, vol, et dommages tous accidents). Ces indicateurs sont ainsi représentatifs du coût à supporter par l’assureur en cas d’accident et donc des réparations à réaliser sur le véhicule (ou d’indemnisation si celui n’est plus réparable).

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Une interdépendance relative des indicateurs

IMAGE_1 Assurance auto quel impact du véhicule sur la tarificationIMAGE_2 Assurance auto quel impact du véhicule sur la tarification

Classe de prix en fonction du groupe (à gauche) et Classe de réparation en fonction de la Classe de prix (à droite) des principaux modèles du marché

A l’analyse de ces coefficients, on trouve une très forte corrélation entre la Classe de prix et le Groupe (que l’on pourrait traduire par : plus le véhicule est puissant, plus il est cher et dangereux), à quelques exceptions près (Dacia notamment de part son positionnement prix atypique).

En revanche, la corrélation entre Classe de réparation et Classe de prix est beaucoup plus fluctuante et propre à chaque constructeur.n fonction de la marque, deux véhicules avec une même valeur à l’achat ne représentent pas les mêmes coûts de réparation (prix des pièces détachées qui varient, concessionnaires qui appliquent des frais de réparations plus ou moins élevés, etc.)

Dans le cas d’un contrat qui s’appuierait uniquement sur ces classifications, le coût de la garantie RC serait ainsi principalement lié à la valeur neuve du véhicule, alors que les garanties dommages seraient également impactées par la marque du véhicule. Il est à noter que cette interprétation reste globalement théorique, les assureurs intégrant systématiquement des critères additionnels dans leur tarification (type de carburant, boîte, puissance fiscale et/ou réelle, etc.).

Quid de l’âge du véhicule ?

La classification SRA offre donc aux assurances l’avantage d’une photographie détaillé des risques liés au véhicule pour calculer leurs tarifs, mais n’apporte néanmoins pas d’indication sur la valeur résiduelle de celui-ci. L’assureur se doit donc de prévoir des critères complémentaires pour affiner sa tarification.

En effet, la Classe de prix est fixe dans le temps et représentative de la valeur d’origine du véhicule, mais pas de la valeur actuelle en cas d’indemnisation : la valeur à dire d’expert (la valeur “argus”). Le coût pour l’assureur n’est ainsi pas le même s’il doit indemniser une Clio neuve ou une Clio de 15 ans d’âge avec 150 000 km au compteur.

Il paraît donc logique que pour une assurance au Tiers (avec uniquement la Responsabilité Civile et de la protection du conducteur), la valeur actuelle du véhicule ne rentre pas en ligne de compte (puisque les indemnisations ne concernent justement pas le véhicule)

A contrario, pour un contrat Tous Risques, l’assureur devrait proposer une décote significative de la prime puisque pour les garanties dommages (qui représentent une très forte part de celle-ci) et les biens à indemniser ont une valeur très en deçà de la valeur du même véhicule neuf. Ainsi, les primes versées pour garantir une Clio d’occasion achetée 1 500€ devrait être moindres que celles pour la même Clio neuve vendue 18 000€.

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Des tarifs stratégiques

 

IMAGE_3 Assurance auto quel impact du véhicule sur la tarificationEvolution du coût de l’assurance en fonction de l’âge du véhicule par rapport au véhicule neuf.
Analyse sur une formule Tous Risque pour 10 assureurs pour une Clio Diesel 1.5.
En noir la moyenne des différents assureurs.
(A noter des variations parasites liés aux changements de versions en fonction de l’âge du véhicule)

Pour confirmer cette hypothèse, nous avons relevé les tarifs du top 10 des assureurs sur une Clio Diesel 1.5L variant entre 0 et 15 ans d’ancienneté (2018, 2015, 2012, 2008, 2002), la puissance du véhicule variant de 90cv (pour les véhicules récents) à 80 cv (pour les véhicules les plus anciens).

La première constatation surprenante est que la baisse de la prime d’assurance est finalement relativement faible (-15% pour un véhicule de 15 ans dont la décote est de plus de 90%). A titre de comparaison, la différence tarifaire entre l’assurance d’une Mégane de 25 000€ et d’une Twingo de 10 000€ est de -30%...

L’autre point d’étonnement repose sur les stratégie très distinctes des différents opérateurs, certains n’appliquant quasiment aucune baisse (< 5%), alors que d’autres vont jusqu’à -25 ou -30% de baisse pour une Clio de 15 ans.

Certes, traditionnellement, le vieillissement d’un véhicule implique une baisse de la couverture du contrat d’assurance (passage au Tiers Etendu voire Tiers Simple pour les véhicules les plus anciens) et donc une baisse artificielle des cotisations d’assurance.

Mais, comment interpréter ces baisses très faibles alors même que l’on pourrait s’attendre à des baisses de cotisations bien plus conséquentes sur les véhicules anciens (sans changement de garanties) ?

La réponse est probablement à chercher au niveau de la mutualisation des portefeuilles, les assureurs sous-tarifant majoritairement les véhicules neufs afin de faciliter l’acquisition de nouveaux assurés, compensé par une sur-tarification des véhicules plus anciens, et une faible dynamique de changement d’assureur de la part des assurés français (le taux annuel de churn étant inférieur à 15%, incluant les changements de véhicules, d’après une étude Profideo réalisée en 2017).

Avec cette dominante tarifaire stratégique, un nouvel entrant peut difficilement se permettre de majorer les véhicules neufs et abaisser les véhicules anciens en risquant ainsi que se retrouver avec un portefeuille déséquilibré composé uniquement de véhicules anciens…

Vers la tarification “intelligente” ?

Néanmoins, la dynamique d’individualisation des tarifs d’assurance permise par les modélisations de type Random Forest, Gradient Boosting voire de Deep Learning, basées sur des données exhaustives liées au profil de l’assuré mais aussi comportementales avec le Pay As You Drive pourraient rebattre les cartes de la tarification traditionnellement basée sur des modèles GLM, s’affranchissant ainsi à la fois des critères d’âge et de classification du véhicule. Ces nouveaux modes de tarification font partie des défis à relever dans les prochaines années à la fois par les équipes d’actuaires, les équipes marketing et les réseaux de distribution.

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